Pourquoi, la massothérapie devrait-elle s’intéresser à la P.N.E.I.? Ou comment ces connaissances peuvent-elles influencer la pratique du massage?

En novembre 2008, j’ai entendu un intervenant au congrès…, M. Michel Odent, prononcer ces mots qui m’ont vivement interpeller à titre de massothérapeute.

« Nous avons la responsabilité de devenir bilingue.  Nous possédons le langage du cœur et devons le conserver.  Mais il nous incombe de comprendre le langage de la P.N.E.I. et d’y participer.  C’est à la fois un langage du cœur et un langage scientifique.  C’est cela devenir bilingue dans l’univers psycho-corporel »

Michel Odent est un thérapeute psycho-corporel réputé, mais ses mots ont interpellé mon expérience de massothérapeute.   Et je dirais que ce bilinguisme est très important dans l’univers des médecines complémentaires.  Ils devient primordial pour trouver un terrain commun avec la médecine technologique et les scientifiques et nous mener sur un chemin de reconnaissance professionnelle.

De l’environnement au noyau de la cellule

A titre de massothérapeute, la p.n.e.i. permet de développer une compréhension des impacts de l’environnement et la réponse physiologique aux évènements perçus.  Elle développe la conscience d’un lien physiologique de la surface via la profondeur et à partir de la plus petite unité du corps, la cellule elle-même.  Une voie de communication directe via les tissus conjonctifs qui peut aider à développer une compréhension approfondie des effets du massage et de la façon de masser en accord avec l’intention du massothérapeute.

Car il n’existe aucune fonction de notre corps qui ne soit déjà dans une cellule individuelle.  Bruce Lipton a écrit ces phrases :  « Imaginez une population de milliards d’individus vivant sous un même toit, dans un état de bonheur perpétuel, une telle communauté existe :  il s’agit d’un corps humain en santé »[i]

C’est dans la lecture de Thierry Janssen, à travers La Solution Intérieure[ii] que me sont apparut clairement le lien entre l’environnement et l’intelligence cellulaire. Il y est expliqué qu’un réseau de microfilaments et de microtubules forment un véritable squelette intracellulaire qui va de la surface de la cellules vers la profondeur du noyau ;  le cytosquelette.  Ce dernier est connecté au tissus conjonctifs extracellulaire.  Les réactions biochimiques du corps sont guidées par cette structure intracellulaires.  Depuis la peau jusqu’à l’a.d.n. un réseau de fibres, tubules et filaments forme un continuum, une « matrice vivante ».

Le cytosquelette propage l’information de manière biochimique par le transport des enzymes et hormones et mécanique parce qu’il est réseauté avec tous les organes du corps via le tissus conjonctif.  Il est le tissu conjonctif de la cellule..  Il possède une influence de première instance sur les processus réparateur de l’organisme.  On le considère comme un réseau de communication électronique à grande vitesse reliant les différentes structures de l’organisme ensemble.

Les massothérapeutes travaillent déjà avec le tissus conjonctifs, considéré comme l’infrastructure du corps, présent dés la surface jusqu’en profondeur.  Tous les organes et les systèmes sont reliés entre eux par les tissus conjonctifs.  Lorsque j’étais étudiante en massage et que mon enseignante disait tout est dans votre intention, je dois avouer que j’étais quelque peu perdue et ne comprenait pas bien ce qu’elle disait.  Cela manquait de concret pour mon esprit pragmatique.  Mais je touche maintenant  à ce réseau de communication qui est aussi sensible à l’intention portée.,  C’est-à-dire à l’émotion ressentie face à un facteur de l’environnement, tel que la main et la qualité de présence du massothérapeute.  Notre contact est décodé et analysé par les cellules du clients et une information est transmise au cerveau :  la fuite ou la détente.  Plus de contraction ou le lâcher prise.

Cependant, il est intéressant de savoir ce que Lipton a observé une fois de plus des cellules :  dans la séquences croissance-défense, l’élimination du stress nous amène au point neutre.  Pour nous épanouir, nous devons éliminer le stress et aussi chercher activement à vivre dans la joie, l’amour et la satisfaction afin de stimuler le processus de croissance [iii][1]

Pouvons nous donc concevoir que pour aider notre clientèle il faut lui fournir un espace de détente et chercher à contrer les effets du stress.  Et pour lui permettre d’aller encore plus loin, il nous faut créer un espace où la sensation du plaisir et de la satisfaction est présent.

 

Comment prendre en charge le client

Tout d’abord, il nous faut être cohérent avec soi-même ;  choisir des techniques, utiliser des grilles d’observation et d’analyse, pratiquer dans un environnement, qui correspondent à qui nous sommes vraiment et dans lesquelles nous avons du plaisir pour soi-même.  Cela va passer de soi vers le client et lui procurer ce sentiment de sécurité qui génère des émotions positives.

Peu importe la technique de travail adoptée, bio-mécanique, psycho-corporelle, énergétique ou vibratoire, nous touchons inévitablement au cytosquelette et dès lors on travail sur la tenségrité ou l’équilibrage des éléments du corps les unes par rapport aux autres. .  Une amie à moi dit souvent que chaque corps a une porte d’entrée.  Il y a différentes techniques pour des personnalités différentes de massothérapeutes et de clients.

Le lâcher prise n’est pas une action qui peut être commandée par la volonté.  Il peut provenir du corps qui se relâche de ses tensions et libère ainsi l’énergie de la vie.  Pour atteindre cet état, il faut ressentir suffisamment de sécurité de base, avoir une nouvelle confiance.  Selon l’auteur de la solution intérieure[iv], si l’on arrive à installer cet espace de confiance, dans le massage et notre prise en charge du client, nos actions peuvent engendrer des idées positives qui stimulent le cortex cérébral gauche et le système nerveux parasympathique responsable de la détente musculaire.  C’est là toute la beauté et le principe de l’effet placebo.

Nos outils les plus utiles en massage :

Avec l’intégration de toutes ces connaissances tant théoriques que pratiques, j’en arrive à dire que tout ce qui permettra d’atteindre le système nerveux autonome parasympathique deviennent les plus précieux outils de massage.

Pendant le temps de mon massage, je fait partie de l’environnement que le système nerveux de l’autre décode et analyse.  Mon massage est donc un message à l’autre que je  peut tenter de lancer à trois niveaux.

La création d’un environnement favorable aux cellules

  • Un atmosphère et un environnement agréable, calmant, rassurant, nourrissant sont nécessaires.  Cette fameuse bulle de travail qui est créé dans nos bureaux, mais que nous pouvons arriver à installer dans des contextes très variés comme le massage en entreprise, dans les milieux hospitaliers, les évènements est une base de la relation de confiance.
  • Utiliser des techniques et manœuvres qui respectent la capacité de recevoir du client, peu importe qu’elle soit musculo-squelettique, psycho-corporelle, énergétique ou vibratoire  Chaque client possède sa porte d’entrée.  La façon d’aller chercher les informations sur la santé du client, ce qu’il aime, ce qu’il n’aime pas, ses appréhensions est un premier contact qui nous achemine vers un choix de stratégies de massage adaptées.
  • Procéder à des interventions qui respectent le rythme de prise de conscience du client, ne rien imposer.  Ce qui permet à l’humain d’évoluer et de s’adapter aux situations vécues est certainement sa capacité de faire du sens avec ce qui lui arrive.   A ce propos, Thierry Janssen dans son autre livre La Maladie a-t-elle un sens ?[v], fait bien ressortir que les désordres de santé sont multifactoriels. Le sens donnés se vit a trois niveaux également.

Le sens biologique qui est le résultat de causes objectives possédant une explication matérielle et organique et qui souvent peut être la résultante des effets d’un déséquilibre dans la balance sympathique – parasympathique.

Le sens symbolique psychologique : celui que chacun va trouver en lien avec son histoire et sa légende personnelle.  Trouver ce type d’explication permet de prendre des précautions pour accroître son espérance de vie et rationaliser les situations intolérables en croyant qu’on peut exercer un contrôle sur les événements.  Cette espérance génère en nous des émotions agréables et met en branle une cascade d’effets psycho-neuro-endocrino-immunologique très positifs pour notre survie  Si cette quête de sens est inhérente à l’humain et aidante dans le processus de la personne, le sens « guérissant » appartient au client.  Et nous devons être prudent en tant que thérapeute de ne pas induire nos propres croyances ou plaquer du sens sur ce que vit le client.  A notre niveau, aider à faire prendre conscience des mauvaises habitudes psycho-corporelles ou posturales peut conduire à une modification qui équivaudra à éviter l’usure qui fragilise le corps.  Notre force est de guider a apprendre à écouter le corps, explorer le bon sens du corps et des sensations avant l’intellect et plaquer une explication trop hâtive.

Et enfin le sens social, ce que nous en faisons, ou même les missions qu’on peut se donner à partir des évènements vécues à la suite d’une maladie ou d’un deuil par exemple.  Car la maladie peut devenir un message à la collectivité tel que la dénonciation de facteurs environnementaux, les modes de vies ou les conséquences d’un mode de vie dans une société donnée.

  • Porter en tant que massothérapeute une intention positive pour mon travail avec ce client.  Être un témoin bienveillant du vécu de mon client durant ma séance de massage, le prendre tel qu’il est dans l’instant présent sans jugement sera ressentit par ce dernier et contribuera à le mettre en confiance.

Permettre de relâcher la vigilance et le s.n.a. sympathique.

Tous les prémices précédant contribueront à créer une relation où le client peut se sentir en sécurité favorisant la détente et permettre le relâchement de cette vigilance.  Ensuite dans le travail manuel il nous appartient de ;

  • Viser des manœuvres qui s’adressent plus particulièrement à la peau, au système nerveux, aux tissus conjonctifs et la respirations profonde :
    • Travailler la respiration profonde et favoriser l’expiration en profondeur. Car la respiration profonde et expirer deux fois plus longtemps fait augmenter le flux parasympathique. 
    • Prendre soin des désirs et des besoins exprimés par le client dans l’entrevue et en cours de massage.  Si je ne peux le faire tel quel, parce qu’il y aurait des contre-indications, lui expliquer ce que je vais faire.  Car le massage n’a pas besoin d’être complet pour provoquer un effet généralisé.  On sait que masser la peau entraîne une activation nerveuse directe sur la partie postérieure de l’hypothalamus sans passer par le cortex et de là provoque un relâchement musculaire généralisé.  Masser les extrémités peut suffire à détendre tout le corps.  Il faut être conscient que chaque fois que je touche quelqu’un je touche à cette partie du cerveau émotionnel.[vi]
    • Travailler avec une intention plus spécifique pour les tissus conjonctifs, car une contraction des tissus entraîne une déshydratation des fibres collagènes qui constituent les fascias.   Alors que le relâchement provoque un appel d’eau.  Une augmentation de porosité du gel colloïde permettrait une meilleure diffusion de l’oxygène, des nutriments, des enzymes et des substances issues du métabolisme cellulaire.  Nous arrivons donc a activer la circulation sanguine et lymphatique, la régénération des tissus et celle de leurs cellules immédiates.
  • Devenir conscient comme massothérapeute, que je travaille du plus grand vers le plus petit soit le cytosquelette et les cellules, on touche à l’intelligence cellulaire.

Rendre la croissance et l’opportunité de créer de nouvelles solutions possibles :

  • Faire plaisir à mon client, car c’est dans la joie et l’amour que les cellules trouvent un environnement favorable à la croissance et à la santé.
  • Avoir confiance, en tant que massothérapeute, que le client a ses propres ressources et trouvera le sens symbolique qui l’aidera à devenir responsable et trouver des « réponses d’habiletés » qui feront du sens avec lui.  Car l’accès au s.n.a. parasympathique favorise la réflexion, la croissance et l’émergence de nouvelles solutions.  Cet accès au s.n.a met en contact avec les mémoires cellulaires, tant celles de son histoire personnelle que l’histoire de l’évolution de l’espèce.  Et cette histoire de l’évolution est emplie de solutions réussis, puisque nous sommes ici aujourd’hui.[vii]
  • J’ai à devenir conscient, en tant que massothérapeute, de mon désir de soigner, augmenter ma conscience de moi-même et trouver un espace d’observation de soi et de l’autre dans la relation de massage, sans interférer avec la croissance de mon client.

Je vous laisse sur ces réflexions concernant l’impact de la p.n.e.i. sur le massage, sur ces voies de communication extra-ordinaires et vous propose d’explorer à votre tour la bibliographie ci-jointe.

[i] Bruce H. Lipton, Biologie des Croyances, p. 245.

[ii] Thierry Janssen, La Solution Intérieure, p. 283.

[iii] Bruce H. Lipton, Biologie des Croyances,, p. 180-181

[iv] Thierry Janssen, p.

[v] Thierry Janssen, La Maladie a-t-elle un sens ?

[vi] Thierry Janssen, La Solution Intérieure

[vii] Petit, Philippe, Notre corps n’est que mémoire

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